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Article ONU

Réformer le financement mondial du développement : investir sans aggraver les vulnérabilités

Les pays confrontés aux besoins de développement les plus pressants ne disposent pas toujours des financements les plus accessibles. Le poids de la dette, le coût des capitaux et les inégalités d’investissement limitent leur capacité à financer durablement leurs priorités. À la 81ᵉ Assemblée générale des Nations Unies, la réforme du financement mondial du développement s’impose comme une exigence majeure : mobiliser les ressources nécessaires à l’investissement sans renforcer les vulnérabilités qu’elles sont censées réduire.

 

Restaurer la confiance et renforcer l’efficacité de l’action multilatérale, ambitions portées par cette 81e session, suppose de rendre les engagements internationaux financièrement réalisables. Pour les pays concernés, cette exigence se traduit par une capacité concrète : financer leurs priorités sans compromettre la continuité des services publics ni reporter durablement les investissements essentiels.

Le débat dépasse donc le volume des ressources mobilisées. Il concerne leur coût, leur destination, les risques qu’elles font porter aux États et la place accordée à ces derniers dans les décisions.

 

Quand financer le présent compromet les capacités de demain

La dette et le coût du développement différé

L’endettement peut soutenir la transformation économique lorsqu’il finance des investissements utiles à des conditions soutenables. Il devient une contrainte lorsque ses échéances réduisent durablement les moyens consacrés au développement.

Selon le Rapport sur la dette internationale 2025 de la Banque mondiale, les pays à revenu faible et intermédiaire ont payé 415 milliards de dollars d’intérêts sur leur dette extérieure en 2024, un montant record. Ces paiements mobilisent des ressources qui pourraient notamment soutenir l’éducation, les soins primaires et les infrastructures.

Les conséquences s’accumulent dans le temps. Une formation reportée peut limiter l’insertion professionnelle. Un réseau d’eau insuffisamment entretenu peut nécessiter une réhabilitation plus coûteuse. Une prévention sanitaire affaiblie expose les populations et les budgets publics à des crises évitables.

Le développement différé a donc un coût humain, mais aussi économique : il peut affaiblir les capacités productives et les recettes futures nécessaires au remboursement de la dette. Une gestion soutenable doit tenir compte de cette relation entre obligations financières et investissements de long terme.

Des conditions d’accès qui reflètent imparfaitement les besoins

La vulnérabilité ne se résume pas au niveau de revenu. Un petit État insulaire peut afficher un revenu intermédiaire tout en restant fortement exposé aux catastrophes, aux importations coûteuses et aux perturbations du commerce.

Une étude publiée par les Nations Unies en janvier 2026 souligne les limites du revenu par habitant pour apprécier ces situations. Elle préconise l’utilisation complémentaire de l’indice de vulnérabilité multidimensionnelle, approuvé par l’Assemblée générale en 2024, afin de mieux orienter les financements à conditions favorables.

Les pays les moins avancés, les États enclavés et les pays touchés par les conflits présentent, eux aussi, des contraintes distinctes. Adapter les réponses suppose d’examiner leur exposition aux chocs, leurs capacités institutionnelles et leurs besoins d’investissement.

Cela implique également de renforcer leur participation aux décisions : les pays concernés doivent pouvoir contribuer à définir les critères et les conditions qui déterminent leurs possibilités de développement.

 

Réformer les instruments, partager les responsabilités

Distinguer les besoins de financement des besoins d’allégement

Une difficulté temporaire de trésorerie et une dette durablement insoutenable ne requièrent pas les mêmes réponses. Dans le premier cas, un financement abordable ou un rééchelonnement peut offrir une marge de manœuvre. Dans le second, de nouveaux prêts peuvent seulement déplacer le problème.

La réforme doit donc permettre de combiner, selon les situations, dons, prêts concessionnels (à taux réduit et échéances longues) et restructurations suffisamment rapides et adaptées. Une suspension des paiements après un choc majeur peut protéger les dépenses urgentes, sans nécessairement résoudre le déséquilibre de fond.

Cette responsabilité concerne les emprunteurs comme les créanciers. La transparence des contrats, l’évaluation des risques et la qualité des investissements doivent accompagner les décisions de financement. Les populations ne devraient pas supporter seules les conséquences d’engagements mal conçus ou de restructurations tardives.

Des banques multilatérales plus accessibles et plus représentatives

L’Engagement de Séville, adopté en 2025, prévoit notamment une ambition de triplement des prêts annuels des banques multilatérales de développement, ainsi que des mesures visant à réduire les coûts d’emprunt et à renforcer la voix des pays débiteurs. Il s’agit d’engagements à concrétiser, dont les effets dépendront des modalités de mise en œuvre.

Le renforcement de ces banques doit permettre de financer des projets de long terme, d’accompagner leur préparation et de réduire les obstacles administratifs. Leur gouvernance doit également mieux intégrer les priorités des pays qu’elles soutiennent.

L’efficacité de la réforme pourra ainsi être appréciée à travers des critères précis : coût réel des ressources, délais de décaissement, accès des pays vulnérables aux financements concessionnels et capacité à préserver les investissements essentiels.

Des investissements durables jugés sur leur contribution au développement

L’augmentation des capitaux disponibles ne garantit pas leur orientation vers les besoins prioritaires. Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 de la CNUCED, les vingt premières économies d’accueil ont capté plus de 80 % des investissements directs étrangers mondiaux en 2025.

Mobiliser l’investissement privé exige donc des objectifs explicites : emplois décents, compétences locales, services accessibles et respect de l’environnement. Les garanties publiques doivent faciliter les projets utiles tout en maîtrisant les risques supportés par les budgets nationaux.

Pour l’Association Mondiale pour le Développement, cette exigence relie directement la réforme financière à l’éducation, à la santé, à l’emploi des jeunes, à l’autonomie économique des femmes et à l’accès à l’eau et à l’énergie. Elle implique aussi une mobilisation équitable des recettes nationales et une utilisation transparente des ressources.

La 81e Assemblée générale constitue un espace politique pour soutenir ces transformations et examiner la réalisation des engagements existants. Leur réussite dépendra des décisions des États, des créanciers et des institutions financières. Une réforme utile doit élargir durablement les possibilités d’investissement des pays et réduire leur exposition aux crises.

L’AMD invite les acteurs du financement à intégrer la protection des investissements essentiels et la réduction des vulnérabilités parmi les critères explicites de leurs décisions et de leur évaluation.

 

Morgan CHOKI