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Déclaration du président exécutif de l'Association Mondiale pour le Développement à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté

Déclaration du président exécutif de l'Association Mondiale pour le Développement à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté

Faire de l’élimination de la pauvreté une exigence fondamentale du développement

La pauvreté demeure l’une des expressions les plus profondes des inégalités qui traversent nos sociétés. Elle ne se résume pas à l’insuffisance du revenu. Elle réduit la capacité de se nourrir correctement, de se loger dignement, de se soigner, d’apprendre, de travailler, de participer à la vie collective et de construire son avenir avec une réelle liberté de choix.

Elle fragilise les personnes, mais aussi les familles, les communautés et les territoires.

Lorsqu’elle se prolonge, elle peut enfermer plusieurs générations dans les mêmes privations et transformer une difficulté économique en désavantage social durable.

La pauvreté n’est donc pas seulement un manque de ressources. Elle est une restriction des possibilités de vivre dignement et de participer pleinement au développement.

La Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté nous invite cette année à considérer cette réalité à travers la question des logements sûrs. Cette perspective rappelle qu’un logement constitue bien davantage qu’un toit.

Il protège la santé, favorise la stabilité familiale, soutient la scolarité des enfants, facilite l’accès au travail et permet à une personne de disposer d’un espace à partir duquel organiser sa vie. Lorsqu’il est précaire, insalubre, inaccessible financièrement ou éloigné des services essentiels, les conséquences se multiplient.

Une famille peut être conduite à arbitrer entre le logement, l’alimentation, les soins ou l’éducation. Une perte d’emploi ou une maladie peut alors suffire à déstabiliser l’ensemble du ménage. Ces situations montrent que la pauvreté se construit souvent par l’accumulation de vulnérabilités qui se renforcent mutuellement.

Mais ces vulnérabilités ne sont pas uniquement individuelles. Elles sont également liées à la manière dont les sociétés organisent l’accès aux ressources, aux services et aux possibilités économiques.

L’inégalité devant l’emploi, l’éducation, la santé, le logement, la terre, le financement, les infrastructures ou la protection sociale peut entretenir des situations de pauvreté bien au-delà des circonstances personnelles.

L’élimination de la pauvreté exige donc d’agir non seulement sur ses conséquences, mais aussi sur les mécanismes qui la reproduisent.

Cette exigence appelle des politiques capables d’agir simultanément sur plusieurs dimensions. Créer des emplois reste indispensable, mais le travail doit permettre de vivre dignement. Développer l’éducation est déterminant, mais les enfants doivent pouvoir rester à l’école sans que la situation économique de leur famille les en éloigne.

Améliorer le logement est essentiel, mais celui-ci doit être accessible, sûr et relié aux services indispensables à la vie quotidienne. Renforcer la santé est nécessaire, mais aucun ménage ne devrait être contraint de s’appauvrir pour accéder aux soins.

La protection sociale occupe, dans cet ensemble, une place fondamentale. Une catastrophe, une maladie, une mauvaise récolte, une perte d’emploi ou une crise économique peuvent effacer en quelques semaines les progrès accomplis pendant plusieurs années.

Une politique efficace contre la pauvreté doit donc permettre aux populations de progresser, mais également de conserver ces acquis lorsque survient une difficulté.

Le véritable progrès ne consiste pas seulement à sortir de la pauvreté. Il consiste à empêcher qu’un choc ne condamne les populations à y retourner.

Cette capacité repose sur deux exigences complémentaires : l’autonomie et la protection. L’accès à l’emploi décent, à la formation, à l’entrepreneuriat, aux moyens de production et aux possibilités économiques renforce la capacité d’agir.

Les services publics, la protection sociale et les mécanismes de solidarité permettent de préserver cette capacité lorsque les circonstances deviennent défavorables.

Aucune de ces dimensions ne peut durablement remplacer l’autre.

Pour l’Association Mondiale pour le Développement, cette réalité impose de donner une portée nouvelle à l’objectif « zéro pauvreté ».

Cet objectif ne doit pas être considéré comme une responsabilité réservée aux politiques sociales. Il doit devenir un principe transversal de la décision publique et de toute politique de développement.

Les choix concernant l’économie, l’agriculture, le logement, l’éducation, la santé, les infrastructures, l’emploi, le financement ou l’aménagement des territoires doivent pouvoir être appréciés à partir de leur contribution réelle à la réduction de la pauvreté.

Une route, une école, un centre de santé, un programme agricole ou un dispositif de financement ne peuvent être évalués uniquement par leur existence ou par les ressources qui leur ont été consacrées.

Ils doivent également être appréciés à travers les possibilités qu’ils créent pour les populations qui en étaient auparavant les plus éloignées.

Le développement doit être jugé par ce qu’il transforme dans la vie des personnes, et non seulement par ce qu’il construit ou finance.

Cette exigence implique aussi une plus grande attention aux inégalités entre les territoires et entre les populations. La pauvreté n’a pas le même visage dans une capitale, une zone rurale, une communauté enclavée, un territoire frappé par une catastrophe ou une région confrontée à l’insécurité.

Les réponses doivent tenir compte de ces réalités différentes sans réduire l’ambition commune : permettre à chaque personne d’accéder aux conditions nécessaires à une vie digne.

Elles doivent aussi donner une place réelle aux personnes confrontées à la pauvreté.

Leur expérience révèle souvent ce que les indicateurs généraux ne montrent pas : le coût d’un déplacement vers un service, l’absence de transport, la complexité d’une procédure, l’instabilité des revenus ou l’impossibilité d’accéder à certaines opportunités.

Associer ces populations aux politiques qui les concernent ne constitue donc pas seulement une exigence de participation. C’est aussi une condition pour concevoir des réponses plus justes et plus efficaces.

L’Association Mondiale pour le Développement considère enfin que les politiques de réduction de la pauvreté doivent être soumises à une exigence claire de résultats. Il ne suffit pas de comptabiliser les programmes, les budgets ou les bénéficiaires.

Il faut pouvoir démontrer que les revenus deviennent plus stables, que les services sont réellement accessibles, que les moyens de subsistance sont mieux protégés, que les enfants disposent de perspectives plus larges et que les familles peuvent traverser une crise sans perdre immédiatement les progrès accomplis.

L’élimination de la pauvreté relève à la fois des droits humains, de la justice sociale et de la qualité même du développement.

Pour l’AMD, elle doit demeurer l’un des critères fondamentaux permettant d’apprécier la réussite d’une politique publique, d’un investissement ou d’un programme de coopération.

Le développement durable des peuples et des communautés ne peut être pleinement réalisé lorsque des millions de personnes restent durablement privées des moyens de construire leur propre avenir.

La Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté doit donc dépasser le temps de la commémoration.

Elle doit nous obliger à examiner chaque politique, chaque investissement et chaque décision à partir d’une question essentielle : permettent-ils réellement aux personnes les plus vulnérables de vivre mieux, de devenir plus autonomes et de transmettre à la génération suivante davantage de possibilités qu’elles n’en ont reçues ?

Faire de “zéro pauvreté” une réalité, c’est refuser que la naissance, le territoire, une maladie, une crise ou l’absence de ressources condamnent durablement une personne à des possibilités moindres.

C’est faire du développement un instrument concret de dignité, d’autonomie et de progrès partagé pour les peuples et les communautés.

 

Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté
17 octobre 2026

Président exécutif

Hugues B. GNIMADI

Association Mondiale pour le Développement — AMD
Œuvrons pour le développement durable des peuples et des communautés