Le droit au développement, quarante ans après : où en est la promesse faite aux peuples ?
Quarante ans après sa reconnaissance par les Nations Unies, le droit au développement ne peut être apprécié à la seule lumière des engagements pris. Il se mesure à la capacité des populations à participer aux choix qui les concernent, à bénéficier d’une réelle égalité des possibilités et à partager les progrès accomplis. La réunion de haut niveau du 23 septembre 2026 replace cette exigence au cœur du débat international. L’AMD y voit l’occasion de confronter les avancées enregistrées aux obstacles qui continuent d’en limiter la réalisation et à leurs effets sur le développement durable des peuples.
Le 23 septembre 2026, à New York, l’Assemblée générale des Nations Unies a consacré une réunion de haut niveau au quarantième anniversaire de la Déclaration sur le droit au développement. Inscrite dans les travaux de la 81ᵉ session, cette rencontre invite à confronter la reconnaissance internationale de ce droit aux conditions dans lesquelles les populations peuvent effectivement l’exercer.
L’enjeu dépasse la commémoration. Quarante ans après l’adoption du texte, il concerne la capacité des politiques publiques et de la coopération internationale à rendre le progrès accessible, à réduire les exclusions et à associer les peuples aux décisions qui déterminent leur avenir.
Une reconnaissance majeure, des progrès encore inégalement partagés
En 1986, le développement devient une question de droits
Adoptée le 4 décembre 1986, la Déclaration reconnaît à toute personne et à tous les peuples le droit de participer au développement économique, social, culturel et politique, d’y contribuer et d’en bénéficier. Elle place le bien-être humain, la participation et la répartition équitable des bénéfices au cœur de cette conception.
Cette reconnaissance apporte un changement important dans l’appréciation des politiques. La progression de la richesse et la construction d’infrastructures doivent être examinées à travers leurs effets sur les personnes : leurs possibilités d’apprendre, de se soigner, de travailler et de prendre part à la vie collective.
La manière de conduire le développement compte ainsi autant que les résultats obtenus et leur répartition. Une population doit pouvoir contribuer aux choix qui la concernent, dans le respect de ses droits et de ses libertés.
La Déclaration constitue un cadre de référence international. Elle n’est toutefois pas, en elle-même, un traité juridiquement contraignant. Sa reconnaissance doit être prolongée par des dispositions, des institutions et des politiques qui permettent sa réalisation.
Les avancées mondiales ne décrivent pas toutes les réalités
Dans son intervention du 23 septembre, le Président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, a rappelé les progrès accomplis dans la santé, l’éducation, la réduction de la pauvreté et la connectivité. Il a également souligné leur répartition inégale entre les régions et au sein des sociétés.
Ces avancées résultent de politiques nationales, d’évolutions économiques, d’innovations et d’efforts de coopération. Elles ne peuvent être attribuées à la seule Déclaration. Elles témoignent néanmoins des transformations intervenues depuis sa reconnaissance.
Le bilan doit aussi considérer ceux qui demeurent à l’écart. Une hausse de la scolarisation peut coexister avec des abandons persistants chez les jeunes filles défavorisées. L’extension des services de santé peut laisser subsister des obstacles financiers ou géographiques. La croissance économique peut créer des emplois sans garantir des revenus suffisants ni une protection durable.
Le droit au développement conduit donc à examiner ce que les résultats nationaux révèlent, mais aussi ce qu’ils peuvent masquer.
Pourquoi la réalisation de ce droit demeure difficile
Des contraintes internationales aux conséquences locales
Le financement constitue l’un des obstacles majeurs. Selon le rapport A World of Debt 2025 de la CNUCED, 61 pays en développement ont consacré au moins 10 % de leurs recettes publiques aux paiements nets d’intérêts sur leur dette en 2024. Cette charge peut restreindre les moyens disponibles pour les investissements essentiels.
Ces arbitrages ont des conséquences humaines. Le report du recrutement d’enseignants, de l’entretien d’un réseau d’eau ou de l’équipement d’un établissement de santé peut affecter durablement les populations. Les difficultés d’accès aux financements deviennent alors des obstacles à l’exercice des droits.
Les conflits peuvent également interrompre les apprentissages, désorganiser les services publics et détruire les moyens de subsistance. Les déplacements forcés prolongent ces effets dans les communautés d’accueil. Préserver les acquis du développement exige donc de soutenir la prévention, les règlements politiques et la continuité des services essentiels.
Les choix nationaux déterminent aussi les bénéficiaires du progrès
Les contraintes extérieures n’expliquent pas toutes les insuffisances. Une répartition inéquitable des budgets, une gestion peu transparente ou des discriminations peuvent limiter l’accès aux ressources disponibles.
La participation joue ici un rôle décisif. Lorsque les populations disposent de peu d’informations ou de possibilités limitées pour intervenir dans les décisions, leurs besoins risquent d’être insuffisamment pris en compte.
La réalisation du droit au développement dépend ainsi de responsabilités complémentaires : créer un environnement international favorable et conduire, au niveau national, des politiques accessibles, équitables et soumises à l’obligation de rendre compte.
Le 23 septembre, une exigence de mise en œuvre renouvelée
Des orientations à traduire en mesures concrètes
Lors de la réunion, Khalilur Rahman a insisté sur la participation des femmes, des jeunes et des communautés marginalisées. Il a également évoqué les obstacles liés au financement et à la dette, ainsi que la nécessité de réduire les fractures numériques et de développer une gouvernance des technologies fondée sur les droits humains.
Ces orientations rappellent que les conditions de réalisation du droit au développement évoluent. L’accès aux compétences, aux infrastructures numériques et aux moyens d’adaptation environnementale influence désormais davantage les perspectives des populations.
Les interventions constituent des prises de position politiques. Leur portée devra être appréciée à travers les décisions, les ressources et les partenariats qui leur donneront suite.
Cette exigence rejoint le thème de la 81ᵉ session : rétablir la confiance et renforcer une Organisation des Nations Unies au service de tous. Pour l’AMD, la confiance se consolide lorsque la coopération contribue à réduire des obstacles identifiables dans la vie des peuples.
Le développement au-delà des chiffres : mesurer ce qui change pour les populations
Le droit au développement rejoint directement la mission de l’Association Mondiale pour le Développement. Il relie les engagements internationaux aux possibilités concrètes de poursuivre une scolarité, de recevoir des soins, d’accéder à un emploi et de participer aux décisions.
Dans ses domaines d’intervention, l’AMD estime que l’évaluation des actions doit porter sur :
L’accès effectif, en identifiant les personnes qui restent exclues et les obstacles qu’elles rencontrent ;
La capacité d’agir, notamment par l’éducation, les compétences, l’autonomisation économique et la participation ;
La durabilité des résultats, grâce à des institutions, des ressources et des responsabilités permettant leur continuité.
Cette lecture donne une portée concrète au lien entre droits humains et développement durable. Elle invite à examiner les changements obtenus pour les populations, au-delà du nombre d’activités réalisées.
Quarante ans après sa reconnaissance internationale, le droit au développement demeure une référence majeure pour orienter l’action publique et la coopération. La réunion du 23 septembre remet en lumière la responsabilité de rendre cette reconnaissance effective. Sa réalisation se mesurera aux possibilités durablement ouvertes aux peuples de participer au progrès, d’en bénéficier et d’en déterminer les orientations.
Morgan CHOKI