Garantir la protection sociale des personnes âgées dans un monde vieillissant
Garantir la protection sociale des personnes âgées constitue une responsabilité fondamentale des sociétés et un critère de leur progrès. Pour l’Association Mondiale pour le Développement, l’allongement de la vie doit s’accompagner de garanties effectives de revenu, de soins et d’autonomie. Lorsque des personnes ayant travaillé toute leur vie ne disposent pas des ressources nécessaires pour couvrir leurs besoins essentiels, la capacité des systèmes de solidarité à protéger l’ensemble des parcours se trouve interrogée.
La sécurité économique au grand âge engage bien davantage que le versement d’une prestation. Elle détermine la possibilité de se loger, de se nourrir, de préserver sa santé et de conserver une liberté de décision. Dans un monde vieillissant, ces garanties occupent une place centrale dans la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités.
Que doit garantir la protection sociale au grand âge ?
La protection sociale des personnes âgées associe la sécurité du revenu, l’accès aux soins et les soutiens nécessaires lorsque les besoins évoluent. Sa portée dépend de la cohérence entre ces composantes : une pension perd une partie de sa fonction protectrice lorsque des dépenses indispensables absorbent l’essentiel des ressources disponibles.
La recommandation n° 202 de l’Organisation internationale du Travail sur les socles de protection sociale retient notamment l’accès aux soins essentiels et une sécurité élémentaire de revenu pour les personnes âgées. Ces garanties, définies au niveau national, constituent un cadre pour prévenir la pauvreté, la vulnérabilité et l’exclusion.
L’enjeu est de rendre ces droits effectifs. Une prestation doit pouvoir être demandée, obtenue et perçue régulièrement. L’accessibilité des démarches, la proximité des services et la clarté de l’information participent donc pleinement à la qualité de la protection.
L’AMD inscrit cette exigence dans une approche fondée sur la continuité des droits. La sécurité d’une personne ne devrait pas devenir incertaine au moment où ses possibilités de constituer de nouveaux revenus se réduisent.
Pourquoi une partie de la population reste-t-elle sans pension ?
Selon le Rapport mondial sur la protection sociale 2024-2026 de l’OIT, 79,6 % des personnes ayant dépassé l’âge légal de la retraite perçoivent une pension, sur la base des données de 2023 ou des dernières données disponibles. Plus de 165 millions de personnes au-delà de cet âge n’en reçoivent toutefois aucune. L’âge légal variant selon les pays, cet indicateur ne correspond pas à une catégorie mondiale uniforme de personnes de plus de 60 ans.
Cette absence de couverture révèle les limites de systèmes qui ne parviennent pas à protéger tous les parcours professionnels. Dans les économies où l’emploi informel occupe une place importante, de nombreux travailleurs atteignent un âge avancé sans avoir pu constituer des droits suffisants. Les carrières discontinues et les emplois faiblement rémunérés fragilisent également la protection future.
Les femmes sont particulièrement exposées à ces mécanismes. Les écarts de salaire et les interruptions d’activité liées aux responsabilités familiales peuvent limiter leurs droits à pension. Les inégalités au grand âge prolongent ainsi celles qui ont marqué la vie active.
La protection sociale doit tenir compte de cette diversité. Une longue contribution à la vie familiale, économique ou communautaire ne se traduit pas toujours par une carrière ouvrant des droits à la retraite.
Une pension protège-t-elle nécessairement de la pauvreté ?
L’existence d’une pension ne suffit pas à établir la sécurité économique de son bénéficiaire. Son montant, sa régularité et son évolution au regard du coût de la vie sont déterminants.
La question concerne aussi les pays disposant de régimes de retraite anciens et largement développés. Dans Panorama des pensions 2025, l’OCDE souligne que la pauvreté monétaire au grand âge demeure une réalité, qu’elle touche davantage les femmes et qu’elle tend à augmenter aux âges les plus avancés.
L’évaluation d’un système doit donc considérer les conditions de vie qu’il permet réellement. Après les dépenses de logement, d’alimentation, d’énergie et de santé, quelles ressources restent disponibles ? La personne peut-elle faire face à un imprévu sans s’endetter ou solliciter systématiquement ses proches ?
Ces questions donnent à la notion d’adéquation des pensions son contenu concret. Elles invitent les institutions à apprécier simultanément l’étendue de la couverture et la qualité de la protection offerte.
Comment construire une protection plus inclusive et durable ?
L’élargissement de la protection repose sur l’articulation de plusieurs mécanismes. Les régimes contributifs permettent d’accumuler des droits au cours de la vie professionnelle. Les pensions non contributives, financées par les ressources publiques, peuvent apporter une sécurité aux personnes insuffisamment couvertes.
Les travaux de HelpAge International mettent en évidence le rôle des pensions sociales pour les populations auparavant exclues. Ils soulignent aussi que leur efficacité dépend de la couverture des personnes éligibles et du niveau des prestations.
La pérennité de ces dispositifs exige des financements prévisibles, une gestion rigoureuse et des règles accessibles. Elle appelle également une évaluation des effets des réformes sur les personnes aux carrières pénibles, interrompues ou faiblement rémunérées. La soutenabilité financière et la finalité sociale doivent être examinées ensemble.
Pour l’AMD, cette finalité comprend une liberté essentielle : poursuivre une activité professionnelle par choix et pouvoir s’en retirer sans basculer dans la précarité. Le maintien dans l’emploi ne saurait devenir la réponse par défaut à l’insuffisance de la protection.
Quelle responsabilité pour les sociétés et les générations ?
La solidarité familiale contribue à la sécurité de nombreuses personnes âgées. Elle ne peut cependant constituer l’unique garantie de leurs conditions d’existence. Une protection durable doit préserver leur autonomie économique tout en évitant de faire reposer l’ensemble de l’accompagnement sur les ressources de leurs proches.
Cette responsabilité collective appelle une vision de long terme. Les conditions d’emploi d’aujourd’hui, la reconnaissance des périodes consacrées aux soins d’autrui et l’organisation du financement social déterminent une part de la sécurité de demain.
L’Association Mondiale pour le Développement considère que les années supplémentaires doivent être des années de possibilités et de dignité. Garantir un revenu prévisible, des soins accessibles et une protection adaptée aux parcours constitue la traduction concrète de cette ambition. La valeur d’un système de solidarité se mesure à sa capacité à maintenir ces garanties lorsque les personnes en ont le plus besoin.
SAMYATH A. AMOUSSA