Réformer le multilatéralisme : renforcer la voix de l’Afrique et des peuples
La représentation internationale détermine la capacité des États et des populations à peser sur les décisions qui orientent leur développement. À la 81ᵉ Assemblée générale des Nations Unies, la réforme du multilatéralisme remet au premier plan la nécessité de mieux répartir le pouvoir de décision, de renforcer la place des priorités africaines et d’élargir l’influence effective des femmes, des jeunes et de la société civile. L’AMD rattache cette évolution à une exigence concrète : faire de la représentation un véritable levier d’amélioration des conditions de vie et des perspectives de développement durable des populations.
Peser sur les règles qui orientent le développement
Les négociations internationales contribuent à définir les conditions de financement, les réponses aux crises, les règles commerciales et les modalités de coopération technologique. Leurs effets se prolongent dans les budgets publics, les possibilités d’investissement et l’accès aux services essentiels.
La répartition du pouvoir au sein des institutions internationales mérite donc d’être examinée à travers une question concrète : dans quelle mesure les pays concernés peuvent-ils influencer les règles et les priorités qui orientent leur développement ?
Les priorités africaines dans la décision mondiale
L’Afrique participe à la construction des réponses mondiales par ses initiatives diplomatiques, ses expériences de coopération et ses capacités économiques, scientifiques et humaines. Cette contribution doit pouvoir s’exercer dans des institutions où ses États disposent de moyens suffisants pour proposer, négocier et décider.
La réforme du Conseil de sécurité cristallise cette exigence. En mai 2026, l’Union africaine a réaffirmé sa revendication d’au moins deux sièges permanents, avec toutes les prérogatives correspondantes, y compris le veto tant qu’il existe, et de cinq sièges non permanents dans un Conseil élargi. Cette position demeure une demande de réforme.
Au-delà des sièges, l’influence repose sur les droits de vote, la capacité à inscrire des questions à l’ordre du jour, l’expertise disponible et la participation aux négociations préparatoires. Elle suppose également une concertation africaine capable de défendre des priorités communes tout en tenant compte de la diversité des situations nationales.
L’évolution du Fonds monétaire international illustre une modification concrète de la représentation : en novembre 2024, son Conseil d’administration a été élargi à 25 administrateurs, dont trois représentant l’Afrique subsaharienne, contre deux auparavant.
L’appréciation de telles réformes doit ensuite porter sur leur capacité à renforcer la contribution des pays concernés aux orientations de l’institution.
Des équilibres institutionnels aux conséquences pour les populations
Le lien avec le développement se situe dans le contenu des décisions. Les modalités d’un financement influencent la capacité à investir dans les écoles, les infrastructures sanitaires ou l’accès à l’eau. Les règles commerciales peuvent faciliter ou limiter la transformation locale des ressources. Les conditions de coopération technologique interviennent dans les possibilités de développer des compétences et des activités productives.
Une représentation plus équilibrée peut favoriser la prise en compte de ces réalités. Elle ne garantit toutefois pas automatiquement des politiques mieux adaptées : la qualité des propositions, les alliances, les capacités administratives et les choix nationaux restent déterminants.
L’enjeu est de renforcer la capacité des pays à défendre des trajectoires de développement qu’ils peuvent mettre en œuvre et soutenir dans la durée. Pour les populations, cela concerne autant l’accès immédiat aux services que la consolidation des acquis : continuité des soins, qualité de l’éducation, emplois durables et résilience des infrastructures.
Relier la représentation à la responsabilité
Une réforme internationale peut modifier les équilibres entre États sans élargir suffisamment la participation au sein des sociétés. La place accordée aux peuples doit donc être examinée parallèlement à celle de leurs gouvernements.
Cette démarche engage la préparation des positions nationales, le déroulement des consultations et le suivi des décisions.
Donner une influence effective aux femmes, aux jeunes et à la société civile
Le Pacte pour l’avenir, adopté en 2024, prévoit de renforcer la participation effective des jeunes aux niveaux national et international. La 81e session constitue un cadre pour poursuivre la mise en œuvre de cet engagement.
Sa traduction pratique suppose des possibilités de contribuer avant les arbitrages, de proposer des modifications et de connaître les suites données aux recommandations. Pour les femmes comme pour les jeunes, l’accès aux fonctions de négociation et de responsabilité doit également être soutenu par des procédures transparentes et des moyens adaptés.
La société civile peut apporter une connaissance des difficultés rencontrées dans les communautés et documenter les effets des politiques. Son implication peut notamment éclairer les obstacles à la scolarisation des filles, à l’autonomie économique des femmes ou à l’insertion professionnelle des jeunes.
La diversité des participants est ici décisive. Les organisations rurales, les personnes handicapées et les acteurs disposant de peu de ressources doivent pouvoir contribuer. Cela exige de prendre en compte les coûts, les langues, l’accessibilité et les inégalités numériques.
Rendre compte des choix défendus au nom des peuples
Une représentation légitime suppose un lien suivi avec ceux dont les intérêts sont défendus. Les autorités publiques ont la responsabilité d’expliquer leurs positions, d’organiser la concertation et de rendre compte des engagements pris. Les organisations citoyennes doivent également être transparentes sur leurs méthodes de consultation et les intérêts qu’elles portent.
Pour l’AMD, trois critères permettraient d’apprécier les progrès : la diversité des contributions recueillies, leur influence identifiable sur les décisions et l’existence d’un suivi public de leur mise en œuvre.
Cette approche relie la réforme institutionnelle aux secteurs du développement durable. Elle permet de demander comment les choix internationaux prennent en compte les besoins éducatifs, sanitaires, économiques et environnementaux, puis comment leurs effets sont évalués auprès des populations.
Les débats de la 81e Assemblée générale gagneraient ainsi à associer toute proposition de réforme à des responsabilités précises et à des modalités de suivi accessibles. C’est sur cette articulation entre pouvoir, participation et résultats que l’AMD situe l’exigence de renouvellement du multilatéralisme.
Mieux représenter l’Afrique et les peuples doit leur donner davantage de prise sur les décisions qui façonnent leur avenir.
Morgan CHOKI