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Des systèmes alimentaires fragilisés : protéger les producteurs, les ressources et les approvisionnements

 

Les systèmes alimentaires relient les producteurs, les ressources naturelles, les marchés et les consommateurs. Leur fragilité apparaît lorsque des chocs climatiques, économiques ou politiques perturbent ces liens et menacent à la fois les moyens de subsistance et la continuité des approvisionnements.

La solidité d’un système alimentaire ne se mesure pas uniquement au volume produit lors d’une année favorable. Elle tient aussi à sa capacité à absorber des perturbations, à s’adapter sans exclure les producteurs les plus vulnérables et à préserver les ressources nécessaires à la production future. Cette capacité dépend de choix économiques et politiques qui déterminent où se concentrent les risques et qui dispose des moyens d’y faire face.

Les chocs fragilisent les récoltes et les revenus ruraux

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Sécheresses prolongées, pluies irrégulières, inondations, vagues de chaleur et ravageurs peuvent réduire les rendements ou détruire des récoltes. Les effets dépassent la perte immédiate de production : ils touchent les revenus des exploitations, l’emploi rural, les prix locaux et la capacité des ménages à préparer la campagne suivante. Les producteurs qui disposent de peu d’épargne, d’assurance ou d’accès au crédit ont moins de marge pour remplacer les semences, réparer les équipements ou attendre le retour à de meilleures conditions.

Le coût de ces perturbations est considérable. La FAO estime que les catastrophes ont causé 3 260 milliards de dollars de pertes agricoles sur trois décennies, en affectant les cultures, l’élevage, les pêches et l’aquaculture. Les pertes ne se limitent pas aux récoltes détruites : elles peuvent aussi résulter des dégâts aux infrastructures, aux marchés, aux services financiers et aux écosystèmes dont dépend la production. 

La prévention reste pourtant inégalement intégrée aux politiques agricoles. Lorsque les investissements se concentrent sur la production à court terme, sans gestion durable des sols et de l’eau, les gains peuvent être annulés par l’épuisement des ressources ou l’exposition accrue aux aléas. Les pratiques d’adaptation — choix des cultures, gestion de l’eau, protection des sols et systèmes d’alerte — doivent être définies à partir des risques locaux et des connaissances des producteurs.

Une perturbation locale peut se propager dans toute la chaîne

Les producteurs dépendent souvent d’intrants et de services qui leur échappent : semences, engrais, énergie, transport, financement et accès aux marchés. Une hausse des coûts, une route coupée ou une restriction commerciale peut interrompre l’approvisionnement, retarder les semis ou rendre une récolte difficile à vendre. Les ménages les plus pauvres absorbent alors une part importante du choc, tandis que les petites exploitations risquent de perdre leurs débouchés ou de s’endetter.

La diversification des sources d’approvisionnement et des cultures peut réduire certaines dépendances, mais elle ne suffit pas à elle seule. Les stocks, les infrastructures de transport, la coopération entre producteurs, les échanges régionaux et la circulation d’informations fiables contribuent aussi à maintenir les flux. Un système résilient doit pouvoir continuer à fonctionner lorsqu’un maillon est perturbé, puis rétablir rapidement les services essentiels.

Les réponses d’urgence demeurent nécessaires lorsque les populations sont menacées. Cependant, elles interviennent souvent après la destruction des revenus et des moyens de production. Les mécanismes d’anticipation — prévisions accessibles, plans d’action préétablis, protection financière et soutien déclenché avant que les pertes ne deviennent irréversibles — permettent de limiter les dommages et de réduire la dépendance à l’aide d’urgence. La FAO recommande d’articuler ces réponses immédiates avec des investissements de plus long terme dans la résilience des communautés agricoles. 

 

Les pertes alimentaires affaiblissent les producteurs et les approvisionnements

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Une part des aliments se perd avant même d’atteindre les consommateurs. En 2023, 13,3 % des aliments ont été perdus dans le monde après la récolte et avant le commerce de détail, selon l’indicateur de suivi de l’ODD 12.3. Ces pertes interviennent notamment lors du stockage, du transport, de la vente en gros ou de la transformation. Elles peuvent traduire un manque d’équipements de conservation, des difficultés logistiques ou une inadéquation entre les capacités de production et les débouchés disponibles. 

Les pertes dans la chaîne d’approvisionnement ne doivent pas être confondues avec le gaspillage au niveau du commerce de détail, de la restauration et des ménages. Pour cette seconde catégorie, le Programme des Nations Unies pour l’environnement estimait qu’en 2022, 1,05 milliard de tonnes de nourriture avaient été gaspillées dans le monde, parties non comestibles comprises. Les deux phénomènes mobilisent des méthodes de mesure distinctes, mais révèlent une même difficulté : les ressources engagées pour produire les aliments ne se traduisent pas toujours en nourriture effectivement consommée. 

Réduire les pertes demande des réponses adaptées à chaque étape. Des installations de stockage, une chaîne du froid accessible, des pratiques de récolte et de manutention mieux maîtrisées, ainsi que des débouchés plus prévisibles peuvent préserver la valeur du travail agricole. Ces investissements doivent rester accessibles aux petites exploitations et aux coopératives, au risque de concentrer les bénéfices au profit des acteurs déjà capables de financer les équipements.

La résilience exige des moyens accessibles aux producteurs

Les agriculteurs ne peuvent pas porter seuls le coût de l’adaptation. Ils ont besoin de services de conseil, de financements adaptés aux calendriers agricoles, d’un accès à l’assurance contre les risques climatiques et de technologies qui répondent à leurs contraintes. Les dispositifs conçus sans leur participation peuvent être trop coûteux, trop complexes ou inadaptés aux cultures et aux ressources locales.

L’enjeu du financement reste important. Dans sa stratégie pour le climat, l’environnement et la biodiversité, le Fonds international de développement agricole estimait à 75 milliards de dollars par an les besoins de financement climatique des petits exploitants pour renforcer leur résilience et leurs moyens de subsistance. Ce montant représente une estimation des besoins, et non un financement déjà mobilisé. Il met en évidence le décalage entre l’exposition des producteurs aux risques et les ressources accessibles pour les prévenir. 

La résilience suppose également des données locales sur les précipitations, les sols, les rendements, les prix et les pertes. Les informations doivent être suffisamment précises pour aider les autorités à cibler les soutiens et les producteurs à prendre des décisions à temps. Les outils numériques peuvent faciliter la circulation de ces données, à condition d’être accessibles, fiables et conçus en fonction des usages des communautés.

Transformer les systèmes sans épuiser les ressources

Protéger les approvisionnements ne signifie pas chercher à produire davantage à n’importe quel coût. L’agriculture dépend de la santé des sols, de la disponibilité de l’eau, de la biodiversité et des écosystèmes. Une réponse qui augmente temporairement les rendements mais accélère la dégradation de ces ressources compromet les récoltes futures et accroît l’exposition aux crises.

La transformation doit donc associer productivité, diversification, conservation des ressources et sécurité des revenus. Elle appelle une coordination entre les politiques agricoles, climatiques, commerciales, d’infrastructure et de protection sociale. Les producteurs, en particulier les femmes, les jeunes et les petites exploitations, doivent pouvoir accéder aux financements, aux équipements et aux marchés qui leur permettent de participer à cette évolution.

Un système alimentaire résilient ne supprime pas les chocs ; il évite qu’ils ne se transforment en ruptures durables. Sa capacité à protéger les producteurs, à préserver les ressources et à maintenir les approvisionnements dépend d’investissements anticipés, d’institutions coordonnées et d’une répartition plus équitable des moyens d’adaptation.

 

Morgan CHOKI